De la Santé à la prison des femmes de Versailles ou encore le centre de détention de la Farlède/Toulon...
Pierre Sibille en trio avec Richard Arame (guitare) et Larry Crockett (batterie) à la prison de la Santé (Paris) Festival l’Esprit Jazz » Mai 2009
L’invitation de Fred Charbaut tombait à point ! Après avoir passé pas mal de temps à arranger et enregistrer « Merde à Vauban » – texte de Pierre Seghers originalement mis en musique par le grand Léo Ferré. Cette réalité de la prison, m’était proposée le temps d’un concert dans les murs de la prison de la Santé pour le Festival l’Esprit Jazz à St Germain des Prés. Un concert poignant, inoubliable avec Richard Arame et Larry Crockett – Une longue discussion en a suivi avec les détenus autorisés à assister au concert. Un souvenir gravé dans nos mémoires et notre version de « Merde à Vauban » qui sera diffusé dans la radio interne de la Santé pour les détenus. Merci Léo !
La musique comme souffle de liberté – Dans une prison où le quotidien est rythmé par les contraintes et les portes qui se referment, un concert en direct devient une parenthèse de liberté. À l’occasion du festival de jazz de Saint-Germain-des-Prés, la maison d’arrêt pour femmes de Versailles a accueilli les musiciens Pierre Sibille et Gabriel Equerre pour un moment musical unique derrière les barreaux. Les conditions techniques étaient modestes – sono bricolée, acoustique imparfaite – mais l’essentiel était ailleurs. Ce qui compte, ce n’est pas la perfection du son, mais la possibilité pour les détenues de ressentir à nouveau des émotions positives et de se reconnecter au monde extérieur.
Un projet humaniste en milieu carcéral – Le musicien Pierre Sibille défend une vision profondément humaniste de son métier, en privilégiant l’utilité sociale de la musique plutôt que la seule recherche de notoriété. En venant jouer en prison, il choisit de partager son art avec un public souvent oublié, pour qui un simple concert peut avoir un impact durable sur le moral. Son répertoire mêle compositions blues et soul et reprises d’artistes qu’il admire, ce qui crée un univers musical chaleureux et accessible. Cet éclectisme permet à chacune des détenues de trouver un écho à son histoire personnelle et de se sentir, le temps d’un morceau, ailleurs que dans sa cellule.
Quand les murs cessent d’exister – Pour les prisonnières présentes, ce concert a été vécu comme une véritable bouffée d’air. Certaines décrivent ce moment musical comme une sensation d’« évasion », la musique semblant traverser les murs et suspendre, pendant une heure, le poids de l’enfermement. Même sans pouvoir danser librement, le simple fait d’écouter, de partager et d’échanger des regards au rythme de la musique a changé l’ambiance de la détention. Après le concert, chacune a dû regagner sa cellule, mais avec la mémoire d’un instant de lumière à l’intérieur d’un lieu habituellement associé à la privation.
La culture en prison, un enjeu de société – Cette expérience illustre l’importance des projets culturels au sein des établissements pénitentiaires, régulièrement critiqués pour leurs conditions de détention. Ateliers artistiques, concerts, théâtre ou écriture contribuent à maintenir un lien avec la société et à préparer, à terme, la réinsertion. En offrant des espaces d’expression et d’écoute, la culture participe à redonner une place de sujet aux personnes détenues, au-delà de leur peine. Ce type d’initiative rappelle qu’une prison peut aussi être un lieu où se construisent des secondes chances, et où l’on continue à considérer chacun comme un être humain à part entière.
Sources : Podcast RFi by Alison Hird
Pierre Sibille en duo avec Gabriel Equerre à la prison des femmes de Versailles. Festival l’Esprit Jazz » Mai 2016
Dernier concert en date pour Jazz à Porquerolles dans le centre de détention de la Farlède – Pierre Sibille (chant-clavier-harmonica) en duo avec Philippe Jardin (batterie) – Septembre 2016